La cinquantaine assumée, Atef a connu un parcours artistique plutôt atypique avant d’en arriver à l’album qui nous permet de découvrir aujourd’hui : « Les mots qui unissent ». Mais avant de revenir, plus tard, sur le chemin qui a débouché sur le travail actuel de l’artiste, laissez-moi vous parler du bonheur que l’écoute de cet opus m’a procuré.
D’abord, il y a la voix. Une tessiture peu commune qui a été, à juste titre, très remarquée lors du passage du chanteur dans le programme télévisé « The Voice, la plus belle voix » en France en 2012.
Ensuite, il y a la musicalité. Celle qui vous accroche à chaque mélodie et qui vous fait voyager au fil des onze titres de l’album.
Enfin, cerise sur le gâteau, il y a les textes qui vous interpellent au point de parfois vous secouer fortement.
Le vécu d’un homme mûr
Atef nous partage ici un vécu qui est teinté des préoccupations quotidiennes d’un homme mûr. Et le constat est inquiétant. Il y a la question des migrants qui est ici relatée à la première personne du singulier. Une quête d’une vie meilleure qui se termine temporairement dans un camp de réfugiés sur une île italienne : « On ne voit que des grilles. Sommes-nous sauvés à Lampeduza ? » (« Le soleil se lève »). Une autre chanson traite aussi du problème des réfugiés qui ont trouvé un pays d’accueil où ils deviennent des « sans-papiers ». Et leur difficulté à garder leur dignité quand dans « La file », le respect n’est plus qu’une notion administrative. La reprise de « Ils s’aiment » de Daniel Lavoie apparaît alors comme un éclair d’optimisme qui relate l’histoire de deux êtres qui, malgré les catastrophes et la bombe, s’aiment « comme avant les menaces et les grands tourments ». Optimisme ou naïveté ? Si c’est de la naïveté, elle est totalement assumée comme un refuge face à la brutalité et la méchanceté ambiante.
Parmi les chansons qui font réfléchir, il y en a une qui est présentée à l’état brut. Construite sur les derniers mots prononcés par George Floyd, cet Afro-Américain de 46 ans mort étouffé par un policier à Minneapolis le 25 mai 2020, elle confirme le caractère utile du travail de cet artiste. « I can’t breathe » ne pouvait pas être traduite en français sans perdre son intensité initiale. Elle résonne comme un cri poussé par toutes les personnes que l’on veut étouffer, empêcher de respirer, de parler… de vivre.
Après tous ces constats d’un monde qui ne va quand même pas très bien, Atef chante l’optimisme. « Moi j’y crois » est affirmatif : il est temps de se réveiller pour changer le système.
Pour le reste de l’album, le texte, très court, de « Je m’envole » est le prétexte d’une performance vocale époustouflante. « Je le sais, je le vois, je le sens » est un superbe hommage à la musique brésilienne. « La famille » est une composition sublimée par un texte qui fige le souvenir d’un bonheur simple gravé pour l’éternité. Et « Marseille » distille dans une ambiance orientale une histoire qui décrit la cité phocéenne, à juste titre, comme « Le Nord d’une nouvelle vie »…
Toulon, Londres, Paris : un parcours atypique
L’histoire d’ATEF commence sous le nom d’Atef Sedkaoui à Toulon dans le Sud de la France. Il y grandit dans le quartier de la Beaucaire. Et, très vite, la musique s’impose à lui comme une passion. Le répertoire anglo-saxon de Sting et du groupe Police le motivent à oser se produire sur scène dès qu’il le peut. Il intègre des groupes musicaux comme celui de Don Billiez. Ou encore «The New Soul Collective», à Marseille, où il interprète ses premières compositions personnelles. Avec Sylvain Saffedi et Bernard Kalef, Atef fonde le groupe M’Source en 2000. La voix douce et unique d’Atef devient, avec celle de son frère Akram, la marque de fabrique du groupe. Entre musique du monde et électro, leur répertoire mélange les musiques indienne, orientale, classique et africaine pour en faire le style « world électro ». Après deux albums sortis avec M’Souce, Atef quitte le groupe en 2003.
The Voice France : une expérience décisive
Repéré par les producteurs du télécrochet « The Voice France », il participe à la première saison en 2012. Lors des auditions à l’aveugle, les quatre coaches (Jenifer, Florent Pagny, Louis Bertignac et Garou) se retournent sur son interprétation de « Ben » de Michaël Jackson. A 40 ans, Atef reste dans l’aventure jusqu’en demi-finale après avoir choisi l’équipe de Garou. A la suite de cette expérience télévisuelle, l’artiste accepte l’offre de travailler avec un homme d’affaires britannique qui lui propose d’enregistrer un album à Londres. Pendant deux ans, Atef va rencontrer un nombre impressionnant d’artistes anglo-saxons comme, par exemple, Elton John. L’album, totalement interprété en anglais, est prêt en 2014 mais le mécène qui a financé le projet n’est pas un spécialiste du show-business et le disque n’est pas commercialisé comme il le devrait. De retour en France en 2014, Atef se met à composer des musiques pour des pièces de théâtre. Mais il nourrit aussi un nouveau rêve : celui d’écrire des chansons en français en vue de les enregistrer sur un album. Il prend alors son temps pour que les titres soient les meilleurs possibles.
Des chansons en français et des mots qui unissent
En 2020, en plein confinement dû à la pandémie du coronavirus covid-19, il sort « Le soleil se lève », une chanson qui nous met dans la peau d’un couple de réfugiés qui tente de traverser la Méditerranée (ndlr : le titre est celui qui ouvre le nouvel album). En 2021, le programme télévisé français « The Voice All Stars » a pour but de réunir sur la chaîne privée TF1, pour une saison particulière, les jeunes talents marquants ayant participé aux différentes éditions de « The Voice ». Dans ce cadre, Atef interprète la chanson « Ils s’aiment » de Daniel Lavoie. Il enregistre le titre dans le but de l’intégrer à son futur album en français qui est finalement prêt en 2022 et qui est présenté sur scène à Toulon le 20 mai. Trois ans plus tard, c’est cet album, « Les mots qui unissent » qu’Atef nous propose de découvrir alors que la promotion initiale n’a pas rencontré les objectifs escomptés.
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Article rédigé par Daniel Barbieux (Passion Chanson) sur base de l’écoute de l’album et des informations communiquées par Xavier Chezleprêtre (Attitude) et glanées sur le web.
