La chanteuse française Coline Rio nous revient avec un album qui confirme les promesses de son premier opus, « Ce qu’il restera de nous », sorti en 2023. C’est une réussite quand on connaît la difficulté de réaliser un second disque lorsque le précédent a permis de vous faire connaître et apprécier d’un grand nombre de personnes. C’est aussi une réussite car il n’est jamais facile de produire sans reproduire. Et, ici, manifestement, l’artiste est parvenue à nous faire découvrir une autre facette de son univers : celle où la réflexion sur des expériences vécues la rendent plus forte encore dans ses propos.
Sous le titre « Maison », c’est son « fort » intérieur qui est le leitmotiv de ce nouvel album. En douze chansons, Coline nous invite à partager quelques moments de vie qu’elle a transcendés en textes à haute valeur poétique. Sa voix se tient au plus près de ces paroles qu’elle délivre avec une sensibilité qui crée, à chaque fois, des ambiances douces (« Le soleil de septembre »), feutrées (« Les louves ») et, parfois, plus enjouées (« Ma Maison », « Capitaine »).
En guise d’introduction, « Sous la peau » évoque ces blessures de la vie qui ne disparaissent jamais complètement. Cette chanson introspective nous ouvre la porte de la maison où l’on devine que les douze pièces seront éclairées différemment en fonction de leur décor particulier. Pendu au crochet d’un mur de la seconde pièce, il y a le « Manteau chagrin ». Ce pardessus qui rappelle l’être aimé qui n’est plus là : la personne par qui s’est immiscée la dépression amoureuse et sa douleur vive. En laissant l’infime espoir, bien réel cependant, de tourner la page, de « regarder enfin le paysage » et de « retrouver le soleil dans ma voix ».
Toutes les chansons de ce nouvel album ont leur particularité, leur force et leur puissance propres. Dans « Lettre à soi », Coline Rio écrit à celle qu’elle sera plus tard pour qu’elle se rappelle d’où elle est venue. Afin d’accepter qui l’on est en prenant le temps de vivre sans courir : « Marcher c’est bien c’est beau, marcher ça fait grandir ».
Une femme, « Grand-mère », occupe une autre pièce de la maison. Apparaissant jeune dans un rêve, la dame est retrouvée dans un grand moment de tendresse et de complicité juvénile. D’autres femmes, fortes, libres et inspirantes, sont au centre d’une chanson portée par un orchestre de cordes puissant : « Les louves ». Clin d’œil au livre « Femmes qui courent avec les loups » de Clarissa Pinkola Estes, Coline y admire, avec ses mots, la nature sauvage et libre de l’identité féminine. Une liberté qui passe par celle d’aimer qui on veut comme exprimé dans « Ami-amant ».
« La gentillesse » est une approche originale de cette qualité trop souvent décrite comme un défaut, une faiblesse. Véritable valeur humaine par laquelle on peut aussi obtenir beaucoup de choses, elle fait ici l’objet d’un duo entre Coline Rio et Barbara Pravi. Duo d’interprétation mais aussi d’écriture entre les deux amies.
Puis il y a le soleil que Coline espérait retrouver dans sa voix à la fin de la chanson « Manteau chagrin ». Il arrive en septembre et sur la onzième plage de l’album. Comme un espoir concrétisé après le deuil de la rupture : « J’ai rencontré le soleil… j’avais perdu ma lumière… et laissé fâner les fleurs… » (« Le soleil de septembre »). Tous les volets de la maison sont désormais ouverts. Le soleil inonde enfin l’intérieur. Mais avant que la nuit ne tombe et qu’un autre jour revienne plus beau et plus lumineux, il faut définitivement laisser derrière soi ces blessures qui laisseront néanmoins quelques cicatrices. Comme les témoignages d’une autre époque révolue à jamais. « Le refuge » est une sorte de slam qui clôt l’album et ferme la porte sur cette expérience de vie décevante qui a toutefois le mérite de rendre plus fort en apprenant de ses erreurs. « J’ai d’abord cru que le refuge était en l’autre, celui qu’on aime, lui qu’on fait nôtre (…) Et aujourd’hui, mon refuge, je veux qu’il soit partout en moi, que mes pas, que mes chansons, que mes ami.e.s, soient ma maison ».
L’album « Maison », à l’image du titre de la chanson (presque) éponyme, énumère quelques sujets qui occupent l’esprit et le cœur d’une jeune femme quasiment trentenaire. Avec ce qu’elle veut (encore) et ce qu’elle ne veut plus. Les choix que l’on fait pour soi, l’horizon que l’on fixe comme un repère à l’âge où l’on commence à mieux se connaître.
Techniquement parlant, La réalisation de cet album a commencé dans un studio situé à la campagne. Avec l’enregistrement de quelques pianos, guitares et voix par Stan Neff, coréalisateur du disque avec Coline. Le duo s’est ensuite rendu aux mythiques studios Ferber à Paris pour y « mettre en boîte » les bases rythmiques de Raphaël Chassin (batterie et percussions) et de Martin Gamet (contrebasse). Piano, programmations, chant, chœurs et guitares ont été captés par Stan Neff dans son studio parisien. Et les cordes d’un orchestre de 26 musiciens ont été enregistrées à Skopje, en Macédoine du Nord.
Après une présentation sur scène de ce nouvel album « Maison » à Nantes à l’automne dernier, Coline Rio est en chemin pour venir proposer son univers musical et poétique à quelques pas de chez vous. Il y aura une étape importante à La Cigale de Paris le 4 juin 2026. Et, en tournée dans toute la francophonie, la chanteuse fera aussi escale en Belgique, à La Louvière, le 21 avril 2026.
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