LIONEL LANGLAIS et les questionnements de l’existence

Lionel Langlais – Photo (c) Yohann Hebi Daher

Lionel Langlais est déjà bien ancré dans le domaine de la chanson. Son cinquième album vient de sortir et il est plus que jamais un disque artisanal conçu et réalisé avec une équipe qui lui est fidèle. Tous les textes sont signés par Quentin Lamotta et ils mettent en avant les paradoxes de l’être humain ainsi que les tours et détours de l’existence. Les arrangements classieux sont l’œuvre de Lionel Gaillardin, ex-musicien du groupe « Il était une fois » dont j’ai déjà parlé lors de la sortie de l’album du duo néo-calédonien Kaori.

Les musiciens sont excellents : Michel-Yves Kochmann et Simon Strauss sont aux guitares, Dominique Bertram et Julien Rieu de Pey à la basse, Éric Dumont et Marc Limballe aux batteries et percussions, Jean-Yves Lozac’h à la pedal steel, Vincent Bidal aux claviers et Claude Égéa aux cuivres. Michaël Joussein joue des trompettes alors que le trombone est l’affaire d’Alain Debiossat. Pour s’occuper du saxophone et ldes cordes, il y a Corentin Dalgarno et Alexandre Dachet.

Dans son nouvel album, Lionel Langlais tisse des chansons émouvantes ou gaies. Avec une bienveillance rare et une douceur réconfortante.
Tous les titres ne sont cependant pas neufs : six d’entre eux (sur les dix) ont déjà été enregistrés sur des albums précédents dans des versions parfois différentes.
Il y est bien sûr question de l’amour. Décliné de différentes manières. La difficulté d’entretenir une relation, amoureuse ou pas, est le thème de la première chanson du disque : « A des années lumière ». Mais cette même difficulté relationnelle est aussi l’objet de « Amende honorable ». Avec une voix proche de celle de Laurent Voulzy, Lionel Langlais nous confie que pour les « mots pas gentils, les indélicatesses, les inélégances, la faute de dire non quand il fallait dire oui, je suis impardonnable, je plaide coupable, je fais amende honorable… » Question de reconnaître ses torts de manière publique et demander pardon…
L’amour c’est aussi une conception bien personnelle d’un sentiment que l’on ne partage pas toujours. Lionel décrit ainsi « L’amour sans âme », le « solitaire, joué solo, piano piano » alors que « l’amour physique tu penses qu’à ça »… Alors, pour conclure le thème et terminer l’album, il y a le titre « Amour et moi » : « Amour et moi on vit. En bonne intelligence. L’intelligent c’est lui. Amour et moi on va. Toujours de connivence. »

Sur ce nouvel album de Lionel Langlais, les chansons qui ne parlent pas de l’amour abordent de grandes questions existentielles. Mais cela est toujours décliné sur un mode léger et aérien. « En beauté » est ainsi une ballade country quelque peu revendicative : « Je vais libre de vivre libre ». « La ville étrange » évoque les hommes de pouvoir manipulateurs qui créent des conflits sur des mensonges. Face aux maux de notre époque et contre tout ce qui ne va pas dans notre monde, Lionel propose une solution : « Dessine un rond ». Il nous parle ainsi du mandala, ce cercle magique à la forme réputée parfaite qui symbolise l’unité fondamentale des êtres. Avant d’aborder l’ultime chapitre de nos vies qui sera inéluctable malgré ce monde qui a tendance à nous faire croire qu’on est immortel : de quoi « désespérer les anges ». Et de se questionner sur son mystère : la mort signifie-t-elle une autre naissance dans un autre univers ? « De l’autre côté » est un très bel hommage aux « âmes s’en allées » (comme le chantait Gilbert Bécaud). Le dernier titre à évoquer le trépas,  de manière très originale, est « In extremis ». Une « Mort à Venise » causée par une rencontre avec une vampire qui a besoin d’un homme qui donne… Tout un programme…

UN PEU D’HISTOIRE…

Lionel Langlais voit le jour en Normandie. Tout petit déjà, la musique fait partie de sa vie et, dès l’âge de trois ans, il écoute des 45-tours sur le tourne-disques des parents. Il grandit dans un milieu plutôt modeste. Il désire jouer du piano mais le budget familial ne le lui permet pas. Il renonce donc au piano mais pas à la musique. Alors qu’il est adolescent, l’une de ses amies gagne une guitare dans une fête foraine. Comme elle n’a pas besoin de cet instrument qu’elle possède déjà, elle lui offre. Il en apprend les rudiments en autodidacte et la guitare lui donne d’abord l’envie de devenir musicien sans penser réellement à la chanson. En tant que guitariste, il rejoint ainsi l’un ou l’autre groupe de copains qui fait de la musique. Puis, il accompagne un chanteur et commence à s’intéresser à l’art de composer et d’écrire des chansons.
Si son univers musical est alors marqué par des groupes anglo-saxons comme Pink Floyd, Dire Straits ou Led Zeppelin, l’accroche francophone se fait par Hubert-Félix Thiéphaine puis, plus tard, Charles Trénet, Georges Brassens ou Stephan Eicher. C’est dans sa chambre que Lionel commence à déchiffrer les morceaux des autres avant de griffonner les siens à l’âge de quinze ans.
Apprenti électricien, il habite à Louviers avant d’être muté en région parisienne. Installé dans la capitale française, il en profite pour essayer de faire connaître ses chansons. Et de chercher des endroits où les interpréter. C’est ainsi que Quentin Lamotta est le premier à remarquer Lionel sur la scène d’une péniche amarrée à un quai parisien : « La balle au bond ». Et il décide de s’en occuper sans jamais le lâcher. Au point de lui écrire toutes ses chansons.
Artiste « Coup de Cœur FNAC Spectacles », il se produit au Sentier des Halles, à Paris, en mars, juin et novembre 2008. La même année, il se produit à la Fête de l’Humanité. L’année suivante, il propose ses chansons sur la scène du Théâtre de Nesle, du théâtre Darius Milhaud ainsi qu’au Limonaire.
Pour son premier album qu’il sort en juin 2011, Lionel Langlais crée, avec Quentin Lamotta, un label indépendant lui permettant de commercialiser le disque dont le titre générique est « Le gros camion ». Les années passent et, entre des concerts régulièrement proposés dans les lieux de culture parisiens comme l’Entrepôt ou l’Essaïon, trois autres albums voient le jour : en 2015, 2020 et 2023. Au cours de cette année 2023, Lionel Langlais se lance dans une tournée des kiosques à musique des parcs parisiens. Puis, deux concerts sont présentés au théâtre des Trois-Baudets le 2 novembre 2023 et le 10 octobre 2024. Le 3 avril 2025, c’est au Café de la Danse, à Paris, que Lionel se produit et c’est dans le même espace culturel qu’il présente son nouvel album en mars 2026. Accompagné sur scène d’un couple de danseurs, Lionel Langlais mêle subtilement la danse et la chanson dans une scénographie moderne et astucieuse.

.

Article rédigé par Daniel Barbieux (Passion Chanson) sur base de l’écoute de l’album et des informations communiquées par Xavier Chezleprêtre (Attitude) et glanées sur le web.
Ce contenu a été publié dans Ecoutés pour vous (Albums+EP's), avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.