Réalisatrice et actrice française de talent, elle est aussi connue pour avoir été l’une des artistes à dénoncer les agressions sexistes de certains metteurs en scène. Isild Le Besco a toujours vécu dans un environnement musical. Très jeune, elle apprécie la pratique de la guitare par son père Patrick Le Besco. Elle apprend aussi à jouer du violon. Puis, au fil de sa vie, c’est le cinéma qui va s’imposer comme sa première activité artistique.
Mais, à l’écoute de l’album qui vient de sortir, qui est une compilation de textes signés par Isild, on se rend compte que cette vie-là n’a pas été sans obstacles.
Mises en musique par Andréel, les poésies de l’actrice sont devenues chansons. Pour elle, écrire ces textes apportait de l’oxygène dans des moments très difficiles à vivre. Car sa volonté était de changer chaque moment difficile en un moment artistique qui passe toujours par les mots.
Vient alors l’idée de concevoir un album qui sera le fruit d’une longue maturation, où chaque chanson a son histoire et a mis du temps pour exister. Ses rencontres du moment permettent à Isild de demander à d’autres femmes de les interpréter. Pour en faire un album de communion autour des mots qui décrivent les failles et les forces féminines. Mais Rafko Mekic, un musicien bosnien rencontré à Sarajevo, tient absolument à ce qu’Isild chante aussi. Et c’est ainsi qu’elle nous livre « Les mots ». Ces fameux mots qui constituent le titre de cet album concept qui réunit les voix féminines d’Émilie Dequenne, Josiane Balasko, Sandrine Bonnaire, Judith Chemla, Maria de Medeiros, Marianne Denicourt, Laëtitia Eïdo et Léonor Graser. Chacune de ces artistes prête sa voix, son timbre et sa sensibilité à un texte qui devient espace de confidence. Car le projet artistique est singulier avec ses voix, ses souffles et ses présences qui font entendre une parole féminine intime, incarnée, sans artifice ni posture. Il émane d’une personnalité forte pour qui le geste artistique ne peut jamais être décoratif. Il faut qu’il ait un sens.
Pour contribuer à ce sens, la musique d’Andréel se déploie dans une grande économie de moyens : pianos dépouillés, motifs répétitifs, textures discrètes et silences assumés. Elle ne cherche jamais à illustrer. Elle accompagne le texte, soutient la respiration et révèle l’émotion. Chaque chanson semble proche de l’oreille, comme chuchotée.
Quant aux textes d’Isild le Besco, on l’a déjà dit, ils évoquent des thématiques fortes. Quitter la violence, se libérer de l’emprise, réapprendre à aimer, habiter son corps, trouver sa maison intérieure. Mais loin de tout discours théorique, ils s’ancrent dans le sensible, l’intime et le vécu. Les mots sont simples, précis, chargés d’images qui résonnent longtemps. L’œuvre a pour but de dire ce qui a été tu, de transformer la fragilité en force, et de faire de la chanson un espace de réparation. Et elle s’inscrit comme un projet à part dans le paysage musical francophone : à la croisée de la musique, de la poésie et du jeu d’acteur.
« Les murs de notre maison » est le premier single de l’album et il est interprété avec beaucoup de sensibilité par Emilie Dequenne, quelque temps avant sa disparition tant regrettée.
L’ensemble de l’album est cohérent et les « chanteuses » font tout leur possible pour offrir une prestation remarquable. Elles excellent toutes dans leur manière de s’approprier les textes d’Isild Le Besco. Ces derniers sont de facture littéraire mais ne peuvent se revendiquer d’une poésie classique et rigoureuse. Toutefois, les musiques ayant été composées sur les textes, certaines compositions se révèlent un peu poussives, le but étant de coller au mieux à la musicalité des mots.
Du premier « livré » par Josiane Balasko jusqu’au dernier « délivré » par Léonor Graser, tous les titres de cet album évoquent l’amour dans toutes ses périodes. Des plus belles aux plus horribles : la découverte, les joies, les peines, les désillusions et les révoltes face à des comportements répugnants et inacceptables. « Les mots » d’Isild Le Besco sont ceux que l’on prononce comme un cri. Contre l’aliénation, le harcèlement, la violence et tout ce que les femmes subissent encore beaucoup trop en ce 21e siècle déjà bien entamé…
Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la personnalité d’Isild Le Besco et son album, « Les mots », je vous conseille vivement d’écouter le podcast avec son interview réalisée par Susana Poveda dans le Club Jazzafip sur FIP (France Inter) en cliquant ICI.
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Article rédigé par Daniel Barbieux (Passion Chanson) sur base de l’écoute de l’album et des informations communiquées par Xavier Chezleprêtre (Attitude) et glanées sur le web.

