Depuis une vingtaine d’année le Rennais David Delabrosse écrit, compose et interprète un répertoire original. Il le fait à la fois pour le jeune public et tous les autres. Son nouvel album, le quatrième enregistré par l’artiste, a pour titre « Les mots modernes ». Il y place, en parallèle, la crise de sa cinquantaine révolue et celle, sans précédent, que traverse l’humanité aujourd’hui. Il s’interroge avec humour : « A 51 ans, peut-on commencer le judo et remporter les JO ? » (« Super Quinqua »). A son âge, il estime qu’ « on peut se voir comme un vieux con » ou se réjouir « de sentir encore dans ses veines courir le frisson » (« En cinquantaine »). La modernité ne tiendrait-elle pas plus à son envie d’explorer et de se renouveler qu’à son âge ?
La chanson qui ouvre l’album s’intitule « Les mots modernes » et évoque directement les questions que toute personne d’un certain âge se pose : « Est-ce que je comprends et est-ce que j’utilise les nouveaux codes du langage qui, chaque jour, m’étonnent un peu plus ? » Le clip est réalisé par Michel Le Faou et Yoann Buffeteau.
L’écoute de l’album se poursuit avec une chanson partagée par David Delabrosse avec Denis Piednoir, de vingt ans son cadet. Ce compositeur et arrangeur a fait la connaissance du chanteur lors des fameuses Rencontres d’Astaffort initiées et toujours gérées par Francis Cabrel. L’alchimie entre les deux musiciens fut telle que Delabrosse lui a confié ensuite la réalisation de son album. « Équilibre délicat » est une sorte de questions-réponses où les deux musiciens s’amusent à rentrer peu à peu dans leur intimité comme lors d’un premier rendez-vous. Musicalement, les guitares acoustiques côtoient les claviers analogiques et les programmations. Le titre est à découvrir ci-dessous lors d’une magnifique session vidéo réalisée par Loic Loew au Grand Huit à Rennes.
Les chansons de Delabrosse sont inspirées par le vécu quotidien d’un quinquagénaire fringant. Il y est question de sa différence qu’il faut accepter pour vivre mieux (« Peter Pan ») et profiter de moments sans écrans (« Comme des fantômes »). Il y est aussi question de l’inéluctable transformation qui passe par la perte des cheveux et qui amène une réflexion plus globale sur des ancêtres (« Une longue lignée »). Il y est enfin question du temps qui use les histoires d’amour et qui rend la compréhension mutuelle de plus en plus difficile au sein du couple (« On a beau se connaître »). Sans oublier de parler de la saine folie de la jeunesse qui se raréfie avec le temps (« Ta story »).
Musicalement, les mélodies sont aérées, voire aériennes, sans être légères. Pop et originales, elles lorgnent néanmoins parfois du côté de Souchon pour « Les bouts de cervelle » et « Envie de changer ». Avec douceur, lucidité et une pointe de malice, cette dernière chanson explore le désir de transformation personnelle pour aller vers l’inconnu après tant de choses vécues.
Delabrosse en 18 lignes
Artiste breton, connu du milieu musical rennais, David Delabrosse a commencé comme musicien et chanteur dans les groupes « Bouffé par le Crabe » et « Delabrosse ». Ensuite, il se lance dans un projet plus personnel qui est apprécié par un autre musicien breton déjà célèbre : Yann Tiersen, qui fut de l’aventure de « Bouffé par le Crabe ». Tiersen l’engage d’ailleurs en 2002 pour assurer la première partie de ses concerts au cours de la tournée « C’était ici ». Leur rencontre les incite à travailler ensemble sur le premier album de David. Mais ce sont d’abord cinq titres qui vont figurer sur un EP, en attendant la sortie d’un album complet et la signature de l’artiste par un label. Finalement, l’opus « 13m² » est commercialisé en 2006 sur le label « Ici d’ailleurs » de Tiersen car Yann a produit et arrangé les douze chansons que David Delabrosse a écrit et composé à Nantes. L’album suivant sort en 2012 et il a pour titre « Le son de l’hallali ». Il est aussi l’occasion pour son auteur-compositeur-interprète de poursuivre sa quête des mots justes explorant l’intimité des relations humaines. En 2018, David Delabrosse ouvre une parenthèse en enregistrant un disque avec une histoire destinée au jeune public, « Ego le cachalot », dont il vend 25.000 copies. Une aventure qui va se poursuivre sur scène en 2026. Entretemps, un troisième album pour tout public est sorti en 2020 : « Le modèle réduit de nos pensées ». Six ans plus tard, revoilà donc David Delabrosse avec l’album « Les mots modernes » dont je vous parle ci-dessus.
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