Les « sacrilèges » de Louis Arlette en sont-ils vraiment ?

Louis Arlette

En découvrant l’intitulé du nouvel EP de Louis Arlette, « Sacrilèges » , on peut s’attendre au pire. D’autant qu’il est annoncé comme étant composé de cinq poèmes classiques mis en musique de manière délibérément moderne et contemporaine. Alors, oui, il y a un côté « culotté » à ainsi marier la poésie et la musique d’aujourd’hui. Mais, en d’autres temps qui étaient plus « classiques », d’autres artistes s’y sont essayé sans trop défrayer la chronique. Et les plus connus d’entre eux restent probablement Léo Ferré et Georges Brassens.
De Baudelaire à Villon, de Ronsard à Musset en passant par Gérard de Nerval, Louis Arlette s’est épris de poèmes pour lesquels il a imaginé un habillage entre rock et électro. Et ces textes, dont l’un ou l’autre est cependant moins intelligible, en deviennent plus vivants et modernes. Les morceaux sont très courts et, en un peu plus de dix minutes, le « mini-album » est écouté.

Parmi les cinq titres, il y a « Tristesse » d’Alfred de Musset. Dandy débauché dévoré par l’alcool et la dépression, Alfred de Musset a écrit ce poème en 1840, à l’âge de 30 ans. Sa vie tumultueuse est alors marquée par son idylle orageuse avec la romancière George Sand. Il est le porte-parole du malaise de toute une génération. Repris par Louis Arlette, « Tristesse » révèle mieux que jamais toute l’incroyable musicalité de ses vers.

Sur les autres plages de cet EP, les « pendus » de François Villon, « le spleen » de Charles Baudelaire, le romantisme de Gérard de Nerval et la mélancolie de Pierre de Ronsard se retrouvent transfigurés par le traitement musical que Louis Arlette leur a infligé dans son propre studio. Il y mélange son amour de la littérature française à sa passion pour la musique anglo-saxonne. L’atmosphère de « La ballade des pendus » fait froid dans le dos : la déclamation est mécanique sur fond de musique électro où l’on distingue clairement les coups de marteau assénés sur les planches de la potence en construction.

Le titre de l’EP « Sacrilèges » est probablement le choix de l’artiste. Mais il y a sacrilège quand il y a profanation. Et il y a profanation lorsqu’il y a atteinte au respect d’une œuvre. Louis Arlette semble trop passionné par la littérature française pour ne pas être respectueux des textes qu’il a ici mis en musique. Et il est sans doute trop modeste pour reconnaître que ces sacrilèges là sont plutôt de nouvelles créations intéressantes.

La sortie commerciale de l’EP « Sacrilèges » est prévue pour le 28 avril 2023.

Article rédigé par Daniel Barbieux (Passion Chanson) sur base de l’écoute de l’album, du visionnage des vidéos et des infos fournies par Xavier Chezleprêtre (Attitude).

 

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