Le 9 octobre 1978, il y a 35 ans, Jacques Brel s’en allait

Jacques Brel en 1964 - Photo (c) Dworkine

« La ville s’endormait et j’en oublie le nom… ». Cette phrase extraite de l’une des chansons du dernier album de Jacques Brel résonne encore dans ma tête. Nous sommes le 9 octobre 1978 et, assis sur les marches d’une salle des fêtes de Tournai, en Belgique, je m’arrête, le temps d’une chanson, de m’occuper des préparatifs d’une soirée d’étudiants. Nous venons d’apprendre le départ du grand Jacques vers d’autres cieux. Et, en expert avisé, le disc-jockey qui, lui aussi, prépare son matériel, sort de l’une de ses malles le 33 tours bleu aux nuages blancs. Et, avant, que les invités n’arrivent, nous rendons ainsi, à notre manière, un dernier hommage à celui qui nous a donné de si belles et utiles chansons. Salut Jacques, et… bon vent !

Né à Schaerbeek (Bruxelles) le 8 avril 1929, Jacques est élevé dans la cartonnerie familiale et n’est pas un grand fan de l’école. Mais il a quand même une préférence pour la langue française et, à quinze ans à peine, il écrit déjà des poèmes et il crée une troupe de théâtre au sein d’un mouvement de jeunesse catholique. Dès qu’il est en âge de travailler, son père l’engage au service commercial de la fabrique de carton. Mais Jacques n’est pas fait pour ça et rêve d’autres horizons : il sera chanteur. Et c’est en autodidacte qu’il compose ses premières mélodies sur sa guitare ou sur le piano de la maison. Alors qu’il vient d’épouser « Miche », il commence à chanter en 1950. Pendant trois ans, il n’aura de cesse de convaincre son entourage du bien fondé de ses chansons. En vain. Mais il ne se décourage pas et, en 1953, Jacques Brel envoie une maquette, réalisée à ses frais sur un 78 tours, au découvreur de talents français Jacques Canetti. Ce dernier est aussi le propriétaire du théâtre des Trois Baudets à Paris et, ayant écouté les chansons de Brel, il l’invite à venir s’y produire. Jacques quitte alors foyer et famille pour vivre seul dans la capitale française. De petit contrat en petit contrat, il se retrouve en lever de rideau des spectacles de l’Olympia de Paris dont le directeur, Bruno Coquatrix, finit par remarquer la détermination du chanteur. A Bruxelles, Brel se produit à l’Ancienne Belgique en première partie du chanteur flamand Bobbejaan Schoepen. Et, ailleurs, il précède sur scène des artistes comme Dario Moreno ou Philippe Clay. Parallèlement à ce début de carrière sur scène, Jacques Brel publie ses premiers disques et, en 1956, il fait la rencontre de François Rauber, un pianiste qui deviendra l’orchestrateur de ses chansons. Avec lui, il enregistre son premier grand succès : « Quand on n’a que l’amour ». Un an plus tard, Jacques Brel se lie d’amitié avec un autre musicien qui, lui, sera son accompagnateur sur scène : Gérard Jouannest. Ce dernier composera également un bon nombre de musiques pour et avec Jacques. Le deuxième 33 tours de Brel reçoit le Grand-Prix de l’Académie Charles Cros en 1957 et, un an plus tard, l’artiste est à l’Olympia. Les galas et les enregistrements de disques vont alors se multiplier : en 1959, il est tête d’affiche à Bobino et il y crée « Ne me quitte pas ». Les succès vont alors se suivre pendant quinze ans : « Le plat pays », « La Fanette », « Les Vieux », « Jef », « La valse à mille temps », « Mathilde », « Les bourgeois », « Madeleine », « Ces gens-là » ou encore « Amsterdam » dont il n’existera jamais qu’un enregistrement public réalisé en 1964. Alors qu’il a 37 ans, Jacques Brel décide faire ses adieux à la scène et, même si la date symbolique de ceux-ci correspond à un concert à l’Olympia de Paris en 1966, le chanteur honorera les contrats prévus pendant encore environ un an. C’en sera fini des spectacles de l’artiste mais l’homme a encore beaucoup de projets artistiques en tête : enregistrer des disques mais aussi jouer au cinéma puis réaliser des films. Il obtient ainsi le rôle principal d’un film d’André Cayatte en 1967 : « Les risques du métier ». De retour d’un voyage aux Etats-Unis où il était tombé en admiration devant ce spectacle musical, Jacques Brel décide d’adapter en français et de monter sur scène « Don Quichotte de la Mancha ». Les représentations auront lieu en octobre 1968 au Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles. Jacques y apparaît en héros aux côtés de Sancho Pança dont le rôle est interprété par Dario Moreno. Mais, alors que le spectacle est prévu à Paris en décembre, Dario Moreno décède subitement le 1er décembre. Et c’est Robert Manuel qui reprend son rôle au pied levé. En 1969, l’acteur Brel tourne dans « Mon oncle Benjamin » d’Edouard Molinaro. En même temps, il suit des cours d’aviation et pilote de petits avions de tourisme. Puis, il passe de l’autre côté de la caméra pour réaliser les films « Frantz » avec Barbara en 1971 et « Far West » en 1973. Ces deux longs métrages tournés en Belgique ne seront pas des succès. Avant de partir vivre aux îles Marquises, Jacques Brel tourne encore dans « L’aventure c’est l’aventure » de Claude Lelouch et joue le rôle de François Pignon dans « L’emmerdeur » d’Edouard Molinaro sur un scénario de Francis Veber. En 1974, il s’installe aux Marquises avec l’ex-danseuse Madly Bamy mais il faut l’opérer d’un cancer du poumon. La maladie ne le quittera plus et, en 1977, il enregistre un tout dernier album après cinq ans d’absence. Ce disque est un succès énorme dont il ne profitera que quelques mois car, en juillet 1978, son cancer s’aggrave et il est rapatrié à Paris où il s’éteindra le 9 octobre 1978. L’artiste repose au cimetière d’Atuona, Hiva Oa, aux îles Marquises, à quelques pas du peintre Paul Gauguin.
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