Samedi 20 juillet 2013 : Obispo chez lui aux Francofolies de Spa

Les Mâles Propres à Spa (c) Passion Chanson

Nous avons fait un petit détour ce samedi 20 juillet en début d’après-midi au Jardin des Francos où se présentaient des artistes concourrant pour les « Franc’off ». Un prix remis par le jury permettra à l’un d’entre eux de revenir aux Francofolies de Spa en 2014 mais aussi de participer éventuellement à d’autres festivals. Nous y avons vu un groupe belge originaire de la région de Tournai : les Mâles Propres. Ce sont des jeunes gars dynamiques qui s’étaient déjà fait remarquer en 2012 au concours de « L’Envol des Cités » et qui avaient arpenté, la même année, la scène « Carrefour des Talents » des Francos de Spa. Leur prestation endiablée a permis, une fois de plus, de se rendre compte de la richesse de la scène rock francophone belge même si, dans ce cas

précis, les textes ne sont pas des plus percutants. Puis, toujours dans le cadre de ce « Franc’off », il y a eu le set de l’artiste belge Julie Roses dont nous vous avons déjà parlé par ailleurs (CLIQUER ICI pour la rubrique sur son disque). Dans une ambiance swing à faire frémir les grands du jazz, la chanteuse a démontré toute l’étendue de son talent en terminant la durée qui lui était impartie par un air de salsa (« Réveil-matin »).
Sont alors arrivés sur la scène du Dôme, six élèves des Ateliers Chanson de Bruxelles qui, sous la houlette de Martine Kivits, nous ont emmené dans un voyage époustouflant de mélodies francophones et, un peu, anglo-saxonnes. Ainsi, en quarante minutes, ce sont pas moins d’une centaine de chansons que les spectateurs ont pu reconnaître dans des versions parfois très personnelles et étonnantes comme le fameux « Partir un jour » des 2 Be 3 !
Les étudiants artistes bruxellois ont été suivis par les soeurs Boulay originaires du Québec comme Isabelle avec qui elles affirment haut et fort n’avoir aucun lien de parenté. Leur musique n’est d’ailleurs pas identique même si elle trouve aussi ses racines du côté de la country. Ici, avec Mélanie et Stéphanie Boulay, l’ambiance est résolument folk avec des harmonies vocales extraordinaires.

Lisa LeBlanc très sérieuse lors de la remise du Prix Rapsat/Lelièvre à Spa (c) Passion Chanson

De l’autre côté de l’Atlantique est aussi arrivée Lisa LeBlanc sur le podium du « Globe ». Lisa a poursuivi la conquête du public spadois qu’elle avait entreprise l’an dernier en participant aux Bars en Folie. Cette fois, elle a fait fi de sa formule acoustique pour venir accompagnée de musiciens musclés. Et les spectateurs du Jardin en ont eu pour leurs oreilles : en qualité mais aussi, malheureusement, en puissance. Dimanche matin, en plein essor artistique, la chanteuse québécoise originaire du Nouveau Brunswick a reçu à Spa, le Prix Rapsat-Lelièvre qui récompense, une année sur deux, un artiste québécois ou un artiste belge de la Fédération Wallonie Bruxelles.

Pascal Obispo lors de sa conférence de presse aux Francos de Spa ce 20 juillet 2013 (c) Passion Chanson

Sur le coup de 22 heures, Pascal Obispo a pris possession de la scène de l’Espace Rapsat. Il est venu avec quelques musiciens dans le cadre de sa tournée des petites salles. Mais il a quand même chanté devant quelque 9 000 personnes qui l’attendaient sur la place de l’Hôtel de Ville. En vieil habitué des Francos de Spa, Obispo s’est lancé dans une formule « best of » et il a fait mouche pour le plus grand bonheur des spectateurs présents.

Enfin, un peu avant minuit, le Jardin des Francos a accueilli son dernier groupe du samedi : le trio féminin des Acadiennes de « Hey babies« . Pour leur première venue aux Francofolies de Spa, les trois jeunes femmes ont littéralement mis le feu à l’espace où le public a magnifiquement répondu à leurs morceaux entraînants tirant leur influence du folk canadien francophone.

CALI, LAMA et GREGORIO pour la 3e journée des Francos de Spa

La journée de ce vendredi 19 juillet 2013 a été marquée par les concerts remarquables de Cali dans le parc Francofou et de Michaël Gregorio qui était la bonne surprise de la Scène Pierre Rapsat. Quant à Serge Lama qui, pour la première fois, se trouvait à l’affiche des Francofolies de Spa, il a ébloui un très nombreux public venu pour lui sur la Place de l’Hôtel de Ville.

L’après-midi de ce vendredi, dans le parc Francofou, la Québécoise Marie-Pierre Arthur a livré un set plus que convaincant et prouvant, une fois de plus, que le rock pouvait sans honte se décliner en français. Plus tard, c’est un habitué des Francofolies de Spa qui est revenu dans le Parc pour s’y donner corps et âme sur scène avec le talent, la fougue et la fièvre qu’on lui connaît : Cali.

Daniel Hélin sur la scène du Dôme ce 19 juillet 2013 (c) Passion Chanson

Sous le dôme du Jardin des Francos, le rappeur belge Veence Hanao a donné tout ce qu’il pouvait pour plaire malgré une sonorisation beaucoup trop puissante pour l’endroit. Et, plus tard, son compatriote Daniel Hélin a prouvé, s’il en était encore besoin, qu’il est un artiste plein de ressources. Accompagné sur scène par une multi-instrumentiste aussi habile à la harpe qu’au violon et au glockenspiel, il a délivré un concert plein d’humour, d’intelligence et de sensibilité.

Keith Kouna sur la scène du Globe ce 19 juillet (c) Passion Chanson

Entretemps, sur la scène du Globe, l’artiste canadien Keith Kouna s’est montré à la hauteur de la réputation qui précédait sa venue pour la première fois à Spa. Avec une voix très particulière qui fait un détour du côté de chez Richard Desjardins, il a interprété des mélodies à la fois entraînantes et douces. Avec la poésie en prime. A revoir dès que possible.

Enfin, sur la scène Pierre Rapsat, après un amuse-bouche correct offert par Renato, le second du télécrochet « The Voice Belgique 1 », Julien Clerc a, lui, beaucoup souffert de son horaire de passage. A 19 heures en effet, il y avait quelque 3 000 personnes sur l’esplanade de l’Hôtel de Ville, ce qui fait vide. De plus, son récital « pianistic » n’est vraiment pas conçu pour un tel espace en plein air. Ainsi, malgré toute la bonne volonté de ses deux pianistes, le fringant sexagénaire n’a jamais vraiment réussi à créer un lien avec le public. Même si de nombreux succès se trouvaient dans la playliste de l’artiste. A 21 heures, les spectateurs étaient déjà plus nombreux pour accueillir Serge Lama dont c’était le premier passage aux Francofolies de Spa. Le chanteur français n’a assurément pas déçu l’assistance en ayant programmé un tour de ses plus grands « tubes » de « D’aventures en aventures » à « Marie la Polonaise » pour terminer par le célébrissime « Je suis malade ».
Enfin, Michaël Grégorio a prouvé que les organisateurs des Francos ont eu raison de croire en lui pour clôturer la soirée de ce 19 juillet. Ce fou génial de l’imitation a été simplement grandiose. Il a su prendre le public par la main pour l’emmener dans son univers où il égratigne Dave et Sardou avant de mixer Edith Piaf à la façon David Guetta, où il rend hommage aux grands du jazz américain comme Armstrong, Ray Charles ou Ella Fitzgérald, et où il fait un tour à l’opéra avant de terminer en revisitant les grands groupes de rock anglo-saxons comme U2, Depeche Mode ou ACDC. Un super-show de Michaël Grégorio que l’on aurait toutefois apprécié un peu plus francophone dans ce cadre-ci.

20e Francofolies de Spa : succès de Barcella, GiedRé et Daan

Barcella à Spa (c) Passion Chanson

Il y avait de plus en plus de monde ce jeudi 18 juillet sur les différents sites des Francofolies de Spa. A croire que le nombre de visiteurs est proportionnel aux degrés affichés par les différents thermomètres extérieurs du centre-ville.

Il faut dire que, si besoin en était, quelques artistes étaient aussi présents pour « chauffer » le public des différentes scènes.
Il en fut ainsi du Belge Antoine Hénaut qui enflamma le Dôme du Jardin des Francos en venant pour la troisième fois au festival.
De son côté, Benjamin Biolay ne fut pas en reste. En plein soleil dans le parc Francofou et transpirant toutes les gouttes de son corps dans un ti-shirt surmonté d’une veste sans manches, il livra un set musclé où, malheureusement, tous les textes n’étaient pas audibles. Mais… c’ést aussi ça Benjamin Biolay !

Daan plutôt détendu au cours de la conférence de presse à Spa (c) Passion Chanson

Après avoir donné une conférence de presse très sympathique où il a interprété en s’accompagnant à la guitare une des chansons de son dernier album, le chanteur belge néerlandophone Daan a, lui aussi, une fois de plus, emporté les spectateurs du parc Francofou sur les mélodies et les rythmes dont il a le secret. Les morceaux en français de son dernier album « Le franc Belge » n’ont pas été oubliés pour le plus grand bonheur du public tout dévoué à sa cause.

Le Jardin des Francos accueillait à 20 h. 20 l’artiste français Barcella dont c’était la seconde prestation en une semaine en Belgique, la précédente ayant eu lieu à Enghien lors du festival Lasemo. Avec lui, la fête est de rigueur et la joie est dans les coeurs. Le garçon excelle dans les exercices de diction chantés et parlés. Ainsi, toujours à la limite entre la chanson, le slam et le hip hop léger, Barcella parvient à emmener le public là où il veut le conduire et la fête est permanente. Ce fut donc un grand moment, un de plus, vécu au Jardin des Francos.
Enfin, toujours au Jardin mais sous le dôme cette fois, la chanteuse française d’origine lituanienne Giedré a ravi les quelque 1 500 personnes venues expressément pour l’applaudir. Et le phénomène de la chanson humoristique caustique ne les a pas déçu en leur livrant un set exceptionnel dont les Francofous se souviendront. Giedré était déjà venue une fois l’an dernier aux Francofolies de Spa. Il est clair que ses admirateurs de la première heure avaient ramenés familles, amis et connaissances pour cette seconde prestation remarquable.

Première journée des Francofolies sous le soleil

Mochélan au mieux de sa forme à Spa (c) Passion Chanson

Sous le soleil, les 20e Francofolies de Spa ont immédiatement attiré la grande foule. Il faut dire que le temps n’a plus été aussi beau depuis au moins cinq ans, ce qui change la donne. Ce mercredi 17 juillet, premier jour des Francos 2013, c’est véritablement la Canadienne Natasha St-Pier qui a surpris par l’importance numérique du public qu’elle a amené au Jardin des Francos.

Les 20e Francofolies de Spa sous le soleil

La 20e édition des Francofolies de Spa a commencé sous un soleil de plomb avec pas mal de changements au niveau des lieux de concerts.

Des endroits sont désormais désertés par les spectacles. C’est le cas de la très belle salle du Théâtre du Casino et, aussi, du magnifique Salon Bleu. Deux pièces dont l’acoustique était irréprochable.

En revanche, le Jardin des Francos, où se déroulaient précédemment les sets de DJ’s, accueille désormais le Dôme et le Globe, deux scènes où se produiront des artistes de chanson française soit traditionnels, soit tendance.
Le Dôme propose des places assises sous un chapiteau ouvert alors que le Globe  accueillera un public debout sous le soleil.
Y sont attendus dès ce mercredi 17 juillet des artistes comme Natasha St-Pier, Mochélan, Labiur, Salomé Leclerc et bien d’autres.

A noter aussi cette année, la disparition de la scène gratuite « Carrefour des Talents » par défection du sponsor principal sans doute.

Pour le reste, le parc Francofou accueillait déjà ce mercredi matin une longue file de personnes en attente d’un bracelet d’accès. Le parc est donc remodelé lui aussi avec l’apparition de la scène DJ’s en lieu et place du Dôme.

Il semble clairement que les organisateurs de ces 20e Francofolies de Spa aient donc privilégié le côté urbain et en plein air de l’événement. Au risque de négliger peut-être un peu la qualité acoustique de certains spectacles qui souffrent parfois en dehors d’une véritable salle de concert.

Pour en savoir plus sur la suite des Francofolies de Spa et le compte rendu des concerts suivis par Passion Chanson, rendez-vous sur la page « Festivals » du site en CLIQUANT ICI.

Il y a 20 ans, Léo Ferré nous quittait le 14 juillet 1993

Léo Ferré en 1982 - Photo (c) Hubert Grooteclaes

Malade depuis quelque temps, Léo FERRE s’est éteint le 14 juillet 1993 à Castellina in Chianti (Toscane, Italie). Auteur, compositeur, interprète, pianiste et poète franco-monégasque Léo était né le 24 août 1916 à Monaco. Son père était directeur du personnel du Casino de Monte-Carlo et sa mère une couturière d’origine italienne.

Vivement intéressé par la musique, il intègre la Maîtrise de la cathédrale de Monaco à l’âge de sept ans. Puis, son oncle, directeur du théâtre du Casino de Monte-Carlo lui permet d’assister à des dizaines de spectacles musicaux qui vont le marquer à jamais. Il est ensuite placé en internat en Italie jusqu’à l’âge de 16 ans où il peaufine ses connaissances musicales. Il y découvre aussi, en cachette, la littérature des « poètes maudits ». Il revient ensuite à Monaco et se fait engager comme critique musical pour le journal « Le Petit Niçois ». Cela lui permet, entre autres, de rencontrer le compositeur Maurice Ravel. Il décroche son baccalauréat de philosophie au lycée monégasque. A 19 ans, il se retrouve à Paris où il suit des études de droit tout en apprenant le piano en solitaire. Il obtient un diplôme en sciences politiques et rentre à Monaco en 1939. Juste à temps pour être mobilisé dans l’infanterie pour la seconde guerre mondiale. Il parvient cependant à composer un Ave Maria pour le mariage de sa soeur en 1940. Et il s’empare des textes d’une amie pour les mettre en musique. C’est avec ces chansons qu’il se présente publiquement pour la première fois au Théâtre de Monaco sous le nom de Forlane en février 1941. En 1945, Léo Ferré est marié et s’occupe d’une ferme sur les hauteurs de Monte-Carlo. Il effectue aussi divers boulots à la radio monégasque et y rencontre un jour Edith Piaf qui lui conseille de tenter une carrière de chanteur à Paris.
Un an plus tard, il s’installe à Paris et chante pendant trois mois au cabaret « Le boeuf sur le toit ». Il fait alors la connaissance de Jean-Roger Caussimon et met en musique quelques-uns de ses textes. En 1947, il part effectuer une tournée à la Martinique mais, sans le sou, il n’en reviendra que six mois plus tard. Sa situation financière et psychologique est d’ailleurs très précaire et va
le rester pendant des années au cours desquelles il chantera dans tout ce que Paris compte comme petits lieux de chansons. En 1950, il témoigne de sa situation personnelle dans la chanson « La vie d’artiste ». Comme Charles Trenet lui avait conseillé, il essaie d’écrire des chansons pour d’autres artistes et ce sera le cas pour Edith Piaf ou les Frères Jacques par exemple mais aussi et surtout par Catherine Sauvage qui va vraiment devenir une inconditionnelle de ses chansons. Il se sépare de son épouse et rencontre, en 1950, Madeleine Rabereau qui sera très influente sur ses choix artistiques de l’époque. Léo Ferré signe alors un contrat phonographique avec « Le Chant du Monde » et, s’accompagnant lui-même au piano, il enregistre quatorze chansons dont certaines sont gravées sur des disques 78 tours. Cette année-là, il fait son unique apparition au cinéma dans un film britannique où il joue le rôle d’un pianiste. Parallèlement à ces activités, Léo Ferré anime aussi des émissions de radio sur « Paris Inter » depuis 1947 et, à cette occasion, il dirige pour la première fois un orchestre symphonique en 1951. En 1953, l’artiste quitte « Le Chant du Monde » pour la maison de disques Odéon où il enregistre son premier 33 tours microsillon de 25 cm de diamètre. Le disque reprend les chansons « Paris canaille » et « Le pont Mirabeau » de Guillaume Apollinaire. Catherine Sauvage enregistre à son tour « Paris Canaille » et en fait un succès qui permet enfin à Léo Ferré de respirer financièrement parlant. Au cours d’un tour de chant parisien à la fin de 1953, Léo rencontre le Prince Rainier de Monaco qui lui propose de créer « La Chanson du Mal-aimé » d’Appolinaire à l’Opéra de Monte-Carlo. Ce sera fait le 29 avril 1954 et l’oeuvre sortira sur un album en 1957. Disposant de plus de moyens, Ferré va enregistrer son deuxième album en 1954 mais, cette fois, il est accompagné par un grand orchestre qu’il dirige lui-même. Il connaît un succès grandissant grâce à des chansons comme « Le piano du pauvre » et, conséquence directe de sa popularité, il se retrouve sur la scène de l’Olympia de Paris en mars 1955, peut-être un peu trop tôt car le public ne suit pas. L’année suivante voit la sortie d’un troisième album de chansons avec « Pauvre Rutebeuf » qui va devenir un classique international repris par les plus grands artistes comme Nana Mouskouri bien plus tard. Ses deux albums suivants vont être conscacrés aux poètes Charles Baudelaire et Guillaume Apollinaire. Et ces opus vont ranger Ferré dans le tiroir des chanteurs poètes musicalement exigeants. En janvier 1958, il passe en spectacle à Bobino et se présente au public parisien détaché de son piano et debout. Un nouvel album sort où se trouve le premier grand succès populaire de Léo Ferré : « Le temps du tango ». Son contrat discographique avec la firme Odéon vient à son terme en 1959 et, un an plus tard, l’artiste signe avec Eddie Barclay et s’adjoint la collaboration de l’orchestrateur Jean-Michel Defaye pour littéralement créer le son « Ferré » caractéristique de ses enregistrements des années 1960.
Le premier album sorti sous le label de l’homme au cigare recèle quelques succès qui vont définitivement asseoir la carrière de Ferré : « Paname », « Jolie môme », « Comme à Ostende » et « Merde à Vauban ». Cet opus sera suivi en 1961 du mythique album composé de textes de Louis Aragon. A partir de ce moment, l’artiste va régulièrement se produire sur des grandes scènes parisiennes comme Bobino. C’est en 1961 aussi que Léo Ferré achète à un dresseur un chimpanzé qui répond au nom de Pépée ou plutôt qui devrait y répondre car l’animal est en fait peu discipliné et invivable. En 1968, l’animal sera au centre de la discorde entre Léo et Madeleine qui va rester seule avec Pépée une fois que Léo aura quitté le domicile conjugal. Blessée, le chimpanzé ne se laisse pas approcher et Madeleine est contrainte de faire tuer la bête. Ce geste affectera terriblement Léo Ferré qui écrira la chanson « Pépée ». Il se met alors à écrire des chansons qui critiquent la société bien pensante et également le pouvoir. En 1967, il flaire le changement en cours et s’adresse aux jeunes dans « Salut Beatnik ». En mai 1968, il chante à Paris, à la Mutualité, pour la Fédération anarchiste. Ce sera sa seule participation aux manifestations de l’époque. Il part vivre en Lozère puis en Ardèche avec une nouvelle compagne.
En 1969, pour la première fois de sa carrière, Léo Ferré fait un carton avec un slow d’enfer : « C’est extra ». Les jeunes constituent alors une grande partie de son répertoire et le chanteur va aller vers eux en expérimentant de nouvelles techniques d’interprétation qui ressembleront, bien avant l’heure, à du slam. Dans cette démarche, il côtoie des jeunes musiciens de rock anglo-saxons pour enregistrer des morceaux à New York mais, finalement, c’est vers le groupe français Zoo qu’il se tourne pour finaliser deux albums et effectuer une tournée. En 1970, un 45 tours est pressé avec une chanson refoulée du dernier album : « Avec le temps ». Contre toute attente cette chanson peu optimiste devient un succès énorme en très peu de temps et elle va traverser les frontières pour être reprise dans le monde entier par divers interprètes. La même année, il devient le papa de Mathieu dont il épousera la maman, Marie-Christine Diaz, en mars 1974. En 1972, Léo Ferré revient sur la scène de l’Olympia où il n’était plus apparu depuis 1955. Depuis quelque temps, l’artiste est de plus en plus en désaccord avec son éditeur phonographique Barclay et, en 1974, c’est la rupture. Léo est alors contraint juridiquement au silence. Ses nouvelles chansons sont révélées au public par Pia Colombo qui les interprète à sa place. De la même manière, il enregistre en 1975 un album instrumental intitulé « Ferré muet dirige ». Quelques mois plus tard, son contrat lui est rendu par Barclay et il signe alors pour la maison CBS. A partir de 1976, ses disques seront presque toujours réalisés avec l’accompagnement de l’Orchestre symphonique de la radio télévision italienne publique, la RAI. Mais CBS trouve rapidement l’artiste trop peu rentable pour poursuivre l’aventure et, en 1979, la firme discographique le remercie. Ferré prendra alors définitivement le parti de louer à ses frais les studios, les musiciens et les techniciens pour enregistrer des albums qu’il proposera en distribution à différentes firmes de disques. En 1982, il participe au sixième Printemps de Bourges et, un an plus tard, il donne un concert au profit d’une radio alors menacée d’interdiction par l’état. Dans les années 1980, le public de ses concerts, qui durent parfois trois heures, se renouvelle constamment. Et, c’est en étant tout à fait fidèle à ses opinions qu’il inaugure le Théâtre Libertaire de Paris (TLP Dejazet) en y présentant un nouveau récital consacré aux poètes pendant six semaines en 1986. Un an plus tard, Léo Ferré part en tournée en France mais aussi en Allemagne, Italie, Belgique, Canada et Japon entre autres. Les Francofolies de La Rochelle organisent alors un spectacle « fête à Léo » où interviennent notamment Jacques Higelin et Catherine Ribeiro. Et, toujours dans la même année 1987, il sort un double 33 tours : « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans ».
Après 1990, l’artiste conclut tous ses concerts par la chanson « Avec le temps » en disparaissant dans les coulisses. En mai 1992, il est l’invité d’honneur du festival « Alors, Chante ! » à Montauban (Tarn-et-Garonne, France). Il en profite pour assister à un maximum de spectacles et pour conseiller les jeunes artistes en découverte. A la fin de l’année 1992, l’artiste doit être hospitalisé et ne peut assumer ses nouveaux spectacles parisiens prévus au Grand Rex. Malade depuis des années, Léo Ferré s’affaiblit de plus en plus pour s’éteindre chez lui à 76 ans. Ses funérailles ont lieu à Monaco dans l’intimité.