RIGUELLE : Un premier amour

Comme beaucoup d’entre vous sans doute, je ne connaissais pas Riguelle avant de recevoir son album, « Un premier amour », il y a quelques semaines.
D’emblée, le titre m’a intrigué car il me rappelait indéniablement un succès des années 1960 à l’époque interprété par Isabelle Aubret et qui s’était classé en première position au concours Eurovision de la chanson. Je ne me trompais pas : il s’agissait bien de ce morceau qui est ici repris de manière jazz très actuelle par le chanteur belge néerlandophone.
Car Patrick Riguelle est flamand et musicien mais aussi francophile tant est ardente sa passion pour la chanson française. Alors, pour réaliser un vieux rêve, il a enregistré ce disque de quatorze titres (+ un caché) où se côtoient six chansons originales créées paroles et musique pour l’occasion et neuf chansons glanées çà et là dans le répertoire francophone (parfois très) traditionnel et ancien. La démarche est intéressante et permet de redécouvrir, avec des arrangements très contemporains, des mélodies fâcheusement oubliées de nos jours.
Le choix de ces morceaux est justifié simplement par l’artiste : ils ont été retrouvés dans le grenier de ses parents et grands-parents, sur les marchés aux puces et dans les collections de ses amis.
Au rayon des pépites, on trouve trois oeuvres peu ou moins connues du grand public.
Il y a tout d’abord ce titre initialement interprété par Jean Sablon en 1933 et que l’on a plaisir à réentendre dans une savoureuse atmosphère de blues. Puis il y a « Règlement », un texte social écrit par Louis-Ferdinand Céline en 1926 bien avant que l’écrivain ne devienne un admirateur de Hitler. Et, enfin, il y a « Ma p’tit’Mimi » qui est un bijou d’archélogie « chansonnesque » : il s’agit en effet d’un texte de Théodore Botrel écrit spécialement sur la musique populaire de « La petite Tonkinoise » (de Joséphine Baker) pour remonter le moral des troupes françaises pendant la guerre 14-18 !
Les autres reprises sont plutôt sympathiques : « J’suis snob » de Boris Vian, et  l’inattendu « Je n’ai jamais pleuré » de Johnny Hallyday qui se trouve en plage cachée à la suite de « Avec le temps » de Ferré sur la dernière piste de l’album. La chanson culte de Léo Ferré est ici brillamment proposée dans un accompagnement savoureux mêlant mandoline et harmonica. Quant à « Tu t’laisses aller » de Charles Aznavour, l’oeuvre sied à merveille à la voix rocailleuse et expérimentée de Riguelle qui, par contre, n’est pas aussi convaincant dans son choix d’interpréter « Le chanteur » de Daniel Balavoine. Cette dernière chanson est en effet très marquée par la voix haut perchée de son interprète initial et un timbre plus jeune est sans nul doute plus crédible par rapport au texte.
Pour le reste, les titres originaux écrits et composés par Riguelle sont de bonne facture et, musicalement, plutôt d’influence country parfois déclinés en ballades. Il y est question, entre autres, d’histoires de comptoir au milieu des copains de bistrot ou des « accros de la pudeur » qui visent plus particulièrement les « bigotes » et « grenouilles de bénitiers ». Et l’avant dernière plage, « Bonsoir les gars », est une chanson de conclusion : sur un rythm’n’blues digne du meilleur Nino Ferrer, Riguelle nous lâche « Je suis venu vous dire au revoir ».
Si le nom de Patrick Riguelle ne vous dit rien, sachez qu’il n’en est pas de même en Belgique néerlandophone. Là-bas, l’artiste est avant tout connu comme musicien et comme le membre de groupes qui répondaient au nom de « Kadril », « The responsibles » et « Red Harmony ». Musicien de studio, Patrick a joué des guitares à ce titre sur des albums enregistrés par Pierre Rapsat, BJ Scott, Niagara, Johnny Hallyday, Hugues Aufray, Adamo, le Grand Jojo, etc. Enfin, de 1999 à 2011, il fut aussi le chef d’orchestre d’un talkshow quotidien diffusé par la télé flamande belge VRT : « De laatste show ». Il y accompagna ainsi, en direct, des artistes comme Michel Fugain, Julien Clerc, Carla Bruni ou encore Patricia Kaas.
Aujourd’hui, la cinquantaine entamée et radieuse, Riguelle semble s’être vraiment fait plaisir avec l’enregistrement de cet album en français. A vous maintenant de partager ce plaisir avec lui. Vous pouvez le rejoindre sur son site internet en CLIQUANT ICI.